Nouveautés des éditeurs et des revues / 2026
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NOURRITURES
Régis Quatresous
Éditeur :L'Atelier contemporain
Livre
Langue d'origine :Français
Format :14,0 x 22,0 cm
Nombre de pages :144
Date de parution :20/02/2026
ISBN :978-2-85035-222-5
Prix :20,00 €
Argumentaire :
Ce recueil, écrit dans une prose dense, sinueuse, complexe, qui n’est pas sans évoquer les grands récits du romantisme allemand, regroupe huit récits allégoriques révélant une parenté avec l’univers de Kafka.
Ces histoires s’articulent autour du motif de la « nourriture » au singulier et au pluriel, de la faim au sens physique et au sens existentiel. À la réalité matérielle de l’aliment s’unit la portée symbolique de sa consommation. Et chaque fois, l’appétit et son assouvissement se révèlent destructeurs pour l’individu, pour le groupe, pour le monde qu’ils habitent.
Centrale, la nourriture n’est pas subsistance, mais fardeau, ordure ou horreur. Dans la nouvelle-titre, elle échoue à nourrir et ne réjouit qu’en venant à manquer. Dans L’enclos, elle relève du rituel cannibale et engendre une nausée. Le mange-mort présente, sur le mode satirique, une société qui accède à un progrès ravageur en jetant ses morts en pâture à une machine.
Souvent, c’est l’autre, le semblable, le prochain qui est l’objet de l’appétit, et les relations entre les êtres sont alors dévorantes. Dans Biographie, deux hommes s’entre-phagocytent ; dans Nourritures et Une légende, la survie de l’un est liée au sacrifice de l’autre ; dans Une découverte, l’autre est une sorte d’excroissance cancéreuse. La visite à une vieille amie est une marche épuisante vers une rencontre qui n’a jamais lieu.
Les personnages sont anonymes, presque invisibles, souvent mécaniques et grotesques, réduits à des rituels ou à des relations. L’individu se résorbe dans l’autre ou dans le collectif, jusqu’à l’effacement volontaire.
Un univers glaçant, une vision « politique » de notre société, mais où l’humour, à froid, est central et seul salvateur. On pense à la formule de Beckett : « Rien n’est plus drôle que le malheur. »
— La visite à une vieille amie. Le narrateur décrit ses visites rares et pénibles à une amie âgée au centre d’une ville en perpétuelle croissance. Les retrouvailles sont courtes, intenses, gâchées par une peur de manquer la mort de l’amie et des spéculations sur la nature de la distance qui les sépare. L’éloignement physique, encore accentué par le vent constant et le regard perçant de l’amie, évoque une barrière existentielle.
— Nourritures. Pim rencontre un inconnu hirsute et noirci dans une friche urbaine lors d’une promenade avec son chien Kolli. Il l’invite chez lui, le lave minutieusement, soigne une plaie infestée d’asticots, l’habille et tente de le nourrir. L’inconnu refuse, fixant Pim d’un regard muet. Pim, transformé par cette rencontre, cesse de s’alimenter, s’épuise et meurt, tandis que l’inconnu se rétablit et repart avec Kolli. Ce récit décrit la nature potentiellement dévorante du soin, l’inadéquation entre toute nourriture et une faim insatiable par définition.
— Une légende. Un cavalier donne sa cape à un pauvre homme dans la neige. Des commentateurs relatent les multiples versions de cette légende et s’interrogent sur cet acte de charité. Se dépouiller, tout donner, sacrifier son cheval, brûler son palais : est-ce bienfaisance ou un acte pervers ? La nouvelle questionne l’absence de vérité dans les récits et la nature duale de la générosité.
— Le mange-mort. Une machine mystérieuse apparaît sur la place centrale d’une ville. On s’aperçoit qu’elle est faite pour ingérer les cadavres. D’abord simple curiosité, ce « mange-mort » devient bientôt lieu de rites funéraires, puis déchetterie, favorisant l’expansion urbaine. La ville rase ses cimetières pour s’accroître et exporte son modèle. Cette nouvelle fait la satire d’une société consommatrice ; la machine symbolise un progrès absurde fondée sur une expansion infinie.
— Une découverte. Découverte, dans une forêt, de deux hommes soudés par la nuque et morts en position contorsionnée. Spéculations sur leur nature : frères siamois, greffe, aberration naturelle, cas à méditer ? L’énigme persiste. Le texte explore la fatalité de ce lien indéfectible et l’incapacité à en comprendre la nature.
— Biographie. Un homme s’identifie à un autre depuis l’enfance, le suivant obsessionnellement. Leur relation évolue en une dépendance mutuelle mais asymétrique : l’autre, affaibli, s’appuie de plus en plus sur l’homme, lui confie et lui raconte sa vie. L’homme absorbe cette biographie sans la comprendre et comprend son propre rôle destructeur. Après la mort de l’autre, il retourne au lieu natal, attendant sa fin dans un bois.
— Retour de chasse à l’homme. Dans une cave, un enfant guette le retour de son père d’une partie de « chasse à l’homme ». Il l’observe tandis qu’il se lave les mains à l’évier. Ce rituel sensoriel évoque une violence domestiquée et un cannibalisme implicite, contrastant avec l’innocence enfantine.
— L’enclos. Dans une tribu cannibale, une caste d’ancien guerriers est confinée dans un « enclos » en vue d’être mangée. Cette pratique, d’abord nécessaire à la survie collective, finit par devenir une coutume vide et répugnante, où le raffinement gastronomique ne sert qu’à masquer le dégoût. La société décline, la barrière s’effondre, menant à une fusion entre mangeurs et mangés. Le texte s’achève sur un appel désespéré à l’extinction collective.
« L’acte d’écrire offre une gratuité que je ne trouve pas ailleurs. Je m’adonne au récit sans trajet préconçu, autant que possible dans l’instant, tenu par une image ou une logique que je laisse s’imposer, guidé par le prochain méandre de la narration qui reluit quelques pas plus loin, ou bien suivant la pente naturelle de la fin. Savoir d’avance où j’arriverai, c’est le retour du calcul, de l’ennui et de la mort dans l’âme. Les choses qui se rencontrent sur le chemin et qui composent l’histoire étaient déposées là, je me contente de les retrouver. Si le récit se refuse, si je sens que je le force ou que je l’ambitionne trop, alors j’arrête, pour un moment ou de façon définitive. Le texte littéraire montrable est un compromis entre cette exploration en somnambule et un travail de clarification. Je crois en l’écriture comme en une démarche de connaissance ou de reconnaissance, en une façon de découvrir ce qui était déjà là sans avoir été vu.. » [R. Q.]
Biographie ou Bibliographie de l'auteur :
Régis Quatresous, né en 1991, vit à Strasbourg. Il a notamment traduit la biographie de Kafka par Reiner Stach (trois volumes parus aux éditions Le Cherche Midi ; prix Médicis essai ; prix de traduction Maurice-Betz), et, récemment : Le Procès de Kafka (L’Orma) et les Anecdotes de Heinrich von Kleist (Allia). Aux éditions L’Atelier contemporain, il a traduit les écrits des artistes Georg Baselitz (Danse gothique), Oskar Kokoschka (L’Œil immuable), Markus Lüpertz (Narcisse et Écho). Nourritures est son premier livre.

