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ANIMALERIES

Jean-Pascal Dubots

Éditeur :L'Atelier contemporain


Livre

Langue d'origine :Français

Format :14,0 x 22,0 cm

Nombre de pages :128

ISBN :978-2-85035-192-1

Prix :20,00 €

Argumentaire :

Animaleries est un recueil engagé : une poésie de la colère d’un homme blessé par ce dont est capable l’homme. Profondément sensible à la maltraitance et à la souffrance animale que banalise notre société – celle de la surconsommation, du spectacle et de l’anthropocentrisme – il fallait à l’auteur une langue déchirée par la révolte, inspirée par cette violence admise, une écriture qui ne transige pas avec les atrocités, pour enfin déciller la conscience endormie sous des proses quotidiennes et lénifiantes. Ainsi naît ce bestiaire – celui des infamies de l’homme. La créature humaine y est placée devant les bêtes qu’elle martyrise, relevant l’hypocrisie et l’insensibilité d’un siècle qui aggrave le déni et la violence déjà pointés par les humanistes des temps passés – ainsi Montaigne, dont Jean-Pascal Dubost revivifie la langue, mêlant les archaïsmes aux éléments contemporains, dans une truculence acerbe, rabelaisienne, qui ne fait que tendre le miroir décomposé des folies de notre temps. « Âmes sensibles, ne pas s’abstenir » !

« Les naturels sanguinaires à l’endroit des bestes, tesmoignent une propension naturelle à la cruauté », écrivait Montaigne, cité en épigraphe et en conclusion de l’ouvrage. Ou encore : « La présomption est notre maladie naturelle et originelle […]. La plus calamiteuse et fragile de toutes les créatures, c’est l’homme, et en même temps la plus orgueilleuse […] Comment connaît-il, par l’effort de son intelligence, les mouvements internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison d’eux à nous conclut-il la bêtise qu’il leur attribue ? ».
À ces questions, le temps n’a fait qu’opposer de plus irréfutables preuves de la bêtise de l’homme, de sa « bestialité », qui sous ce mot même, si dépréciatif, n’entend pas le cri des créatures qui l’entourent et dont il se croit toujours le maître.

Après avoir célébré la force de vie de l’éros (Lupercales), recueilli des pensées de la mort qui ne célèbrent pas moins l’existence (Phrases de la mort), Jean-Pascal Dubost nous place cette fois devant ce qui la nie, ce qui l’horrifie, la blesse et la souille : devant l’inconscience sanglante avec laquelle composent notre société anesthésiée par sa suffisance. En cela, rien n’a changé depuis le seizième siècle – tout s’est même aggravé au temps du capitalisme le plus carnassier, dans une civilisation habituée à nier les désastres et les douleurs.

Animaleries est un livre de poésie qui se fait « la mauvaise conscience de son temps », selon le mot de Saint John Perse – temps de déprédation reconduisant toujours la souffrance animale dans la plus grande indifférence, sous couvert d’une banalisation qui se fait la caution d’elle-même. Il s’agit donc de lever le voile sur l’horreur, de regarder en face la cruauté de l’homme, toujours prompt – et ce bien avant le siècle de Montaigne – à se gonfler d’orgueil pour dominer les autres créatures.

« Le poussin broyé », « le cochon métamorphosé en porc », « la poule mutante », sont donc de ce nouveau bestiaire des atrocités – mythologie trop réelle de nos sociétés industrielles que retranscrit par Jean-Pascal Dubost dans un sursaut poétique devant « la défaite animale ».

Pour entendre le cri, il suffit parfois de le déloger de la prose habituelle. Ainsi, « Un petit champ de massacres en phrases.net » compile, ad nauseam – et en les déstructurant pour mieux en entendre l’anomalie fondamentale – ce que la presse, ou plus généralement ce qu’Internet reconduit du massacre dans son inaptitude à s’offusquer, sa propension à anecdotiser, à cautionner l’horreur en la relatant sans en défaire les stéréotypes, sans s’indigner – froideur de la bêtise face à son propre produit.

Tout cela mène alors à cette « Déploration sur une calamité planétaire » qui conclut l’ouvrage, dans un écœurement face au miroir des actes humains. Si la parole s’emballe, énumère à foison, c’est qu’elle s’excède, que s’excède en elle ce qu’elle ne saurait plus soutenir : l’excès même de notre civilisation à la mesure de son intempérance, de sa mégalomanie dévoratrice et destructrice – la langue régurgite enfin son outrage pour rappeler à l’homme qu’il est un animal apte à comprendre, pourtant, la souffrance de ses frères vivants. La poésie peut tenter de guérir le déni, l’insouciance coupable, et réactiver la conscience pour des éveils salutaires ; elle peut traverser le dégoût et l’horreur pour ramener – même foudroyée – la compassion et l’amour élémentaire de la vie. Elle peut défaire la langue et la rendre au choc de la conscience, à l’écoute de la souffrance, à la dénonciation de la « chose horreuse » – quitte à se faire monstrueuse, à l’image de ce qu’elle dénonce.

Dans ce projet, si l’ombre de Montaigne plane, c’est qu’il s’agit de restaurer la dignité de l’homme en restaurant celle de l’animal – projet humaniste s’il en faut – et de renouveler sans cesse l’effort, puisque nos sociétés, au bord de catastrophes nouvelles, s’enfonce toujours plus loin dans ses dérives. Erasme faisait en son temps l’éloge de la folie : le fou n’est jamais celui qu’on croit. Parenté rabelaisienne aussi, avec cette truculence amère que viennent ponctuer des « scholies » : commentaires qui exposent froidement les faits, les vérités, et dont le poème n’aura fait que répercuter le bruit profond, l’outrage fait à la raison que personne n’écoute. La langue se fait pantagruélique pour exprimer une folie furieuse, secouer l’écœurement quand la raison ne se fait plus entendre – responsabilité qu’il tient au poète de remuer.

Biographie ou Bibliographie de l'auteur :

Né en 1963 à Caen, Jean-Pascal Dubost habite dans la forêt de Paimpont, dite forêt de Brocéliande. Co-fondateur en 2012 de l’association Dixit Poétic, il organise au sein de son association des actions poétiques et un festival en Brocéliande des poésies contemporaines (« Et Dire et Ouïssance »). En tant que lecteur et critique littéraire il collabore à la revue internet Poesibao, publie des articles dans différentes revues. Il a publié plusieurs livres de poésie (dont Assemblages & Ripopées, Tarabuste, 2021 et La Pandémiade, Isabelle Sauvage, 2022), et de prose (Compositions et La Reposée du solitaire, Rehauts 2019 et 2023), dont trois à L’Atelier Contemporain. Au total : « Un foutredieu de bougre de fuckin faiseur de poèmes ! » (Roger Lahu)