Nouveautés des éditeurs et des revues / 2026
Rubrique en cours
Cliquez sur l’entrée pour plus d’infos
ENFANTS DES OISEAUX (LES)
La langue volée
Annabelle Guetatra & Justine Arnal
Éditeur :APEIRON
Livre
Langue d'origine :Français
Format :17,0 x 24,5 cm
Nombre de pages :39
ISBN :9782919440917
Prix :38,00 €
Argumentaire :
Au XIIIe siècle, le roi des Romains, de Sicile et de Provence-Bourgogne Frédéric II de Hohenstaufen devint rapidement aussi légendaire que son grand-père Barberousse. Il se montra, à bien des égards, précurseur de la Renaissance. Féru de poésie, de sciences naturelles, de langues, de mathématiques et de métaphysique, ayant accueilli à sa cour des savants du monde entier, il fut à l’origine, entre autres : de la sixième croisade et de la reconquête des lieux de la chrétienté (tout en ayant été excommunié à deux reprises par le pape), de la construction de multiples châteaux, de la promulgation d’un édit autorisant la dissection des cadavres humains (ce qui n’avait pas été permis depuis le IIIe siècle), et de la rédaction d’un manuel de fauconnerie en latin, De l’art de chasser aux moyens des oiseaux, d’une précision ornithologique telle qu’elle servit de référence jusqu’au XXe siècle. Surnommé « Stupor di Mundi » et considéré comme un « prodigieux transformateur des choses » selon les termes de son contemporain le moine bénédictin Matthieu Paris, la postérité attribue également à Frédéric II une expérience aussi curieuse que cruelle : l’isolement de six enfants, à qui il interdit à quiconque de parler. Les nourrices en charge de s’occuper des enfants pouvaient les nourrir et leur prodiguer tous les soins nécessaires dont ils avaient besoin… Mais sans leur adresser le moindre mot. Le monarque, polyglotte – il maîtrisait au moins six langues – pensait ainsi découvrir quelle était la langue « originelle », « naturelle » de l’être humain sans influence ni transmission attribuable à l’environnement extérieur. « Il voulait en effet savoir s’ils [les enfants] parleraient la langue hébraïque, qui fut la première, ou bien la grecque, ou la latine, ou l’arabe ; ou s’ils parleraient toujours la langue des parents dont ils étaient nés. Mais il se donna de la peine sans résultat, parce que les enfants ou les nouveaux-né mourraient tous. » écrit le frère franciscain Salimbene de Adam dans sa Cronica.
Cette expérience a servi de point de départ à l’écriture de ce conte, Les enfants des oiseaux, qui en est inspirée. Un point de départ qui aurait pu trouver sa source ailleurs. Car l’expérience connut d’autres déclinaisons : on la rencontre déjà dans les écrits d’Hérodote, et elle fut réitérée par la suite, au XVe siècle par Jacques IV d’Ecosse, et à la fin du XVIe siècle en Inde par Akbar Le Grand…
Biographie ou Bibliographie de l'auteur :
Justine ARNAL vit et travaille à Paris, où elle partage son temps entre la pratique de la psychanalyse
et l’écriture. Elle a publié deux livres aux éditions du Chemin de fer, Les corps ravis (2018) et Finir
l’autre (2019), ainsi qu’un roman chez Quidam, Rêve d’une pomme acide (2025).
Évoluant librement entre différentes formes où se mêlent son appétence pour la poésie, le conte et
la psychanalyse, ses récits sont souvent empreints d’onirisme et d’inquiétante étrangeté.
Avec Les enfants des oiseaux, elle poursuit une question persistant au coeur de son travail : par
quelles langues et quels corps sommes-nous habités, depuis quelles origines.
Annabelle GUETATRA fait du dessin une nécessité impérieuse, une obsession qui traverse le
papier, les matières, le corps même. Elle compose des scènes peuplées de figures masquées et
chorégraphiques, dans des rituels imaginaires où le corps-femme devient langage. Les figures
dansent, masquées, traversées de gestes énigmatiques, comme échappées d’un rêve ou d’un
conte ancien. Un théâtre étrange empreint d’amour, de désir et de cruauté, qui nous happe comme
un spectacle à la fois tendre et dérangeant. Depuis 2010, elle tisse cet univers singulier aux côtés
de la Galerie DYS à Bruxelles, tout en menant de nombreuses collaborations avec des institutions
culturelles internationales.
Elle a choisi d’interpréter Les enfants des oiseaux à travers le regard de Babiya, la nourrice des
enfants. Elle en propose une grande fresque, inspirée des paravents chinois du XVIIe siècle, qui
se déploie telle une épopée visuelle. On y suit l’évolution de son rôle au fil de l’histoire, de son
aliénation initiale à l’autorité royale de Balbuzard, jusqu’à son affranchissement.
Ce travail graphique, où le corps en mouvement devient un langage à part entière, s’inscrit dans
une recherche autour de la danse et de la scénographie des affects, constituant l’une des réflexions
centrales de l’œuvre de cette plasticienne.

