Les Etats généraux permanents de la poésie, 2020

Finalités du poème

En 2017, Le Marché de la Poésie a ouvert des États généraux de la poésie avec l’ambition, à l’échelle des possibles, de faire le point sur l’état du poème et de la poésie contemporaine en France. Sous l’intitulé « La visibilité du poème », un état des lieux s’est ainsi dessiné, à la fois de la diversité des écritures du poème, de son édition, et de sa lecture. À travers plus de cinquante événements en régions, en Île-de-France et à Paris, nous nous sommes penchés sur plusieurs thématiques, par exemple celle des modalités de rencontres avec les lecteurs, celle de la rencontre de publics dans leurs différences, celle du travail des éditeurs aujourd’hui. Nous avons toujours eu soin de donner la parole à des acteurs dont la visibilité demeurait parfois discrète.

Après le temps de l’état des lieux, vint le temps des perspectives : le Marché de la Poésie a proposé en 2018 d’approfondir la démarche en interrogeant « Le devenir du poème ». Six tables rondes ont eu lieu durant le 36e Marché de la Poésie, en passant de l’élargissement du poème à l’action artistique, des nouvelles architectures poétiques à la traduction (du français vers les autres langues) jusqu’au devenir de l’édition de poésie.

À compter de 2019, les États généraux de la poésie sont devenus les États généraux permanents de la poésie, afin que le Marché de la Poésie continue d’être ce lieu privilégié de réflexion autour de la poésie contemporaine sous toutes ses formes. Nous avons abordé l’édition 2019 avec le thème des « Métamorphoses du poème ». Cette thématique, à son tour, a fait l’objet de tables rondes et d’échanges pendant les cinq jours du 37e Marché de la Poésie, exploitant différentes entrées, par exemple celle des liens entre la poésie et la scène, la poésie et la création musicale, la poésie et la performance aujourd’hui, la poésie et les langues régionales, tout en poursuivant le débat sur la traduction des poètes contemporains de langue française en langues étrangères.

Ce quatrième temps des États généraux permanents de la Poésie 2020 se déclinera à travers plusieurs événements de la Périphérie du Marché (du 15 mai au 30 juin) et dressera de nouveau cinq tables rondes sur la Scène du Marché, place Saint-Sulpice, entre le 10 et le 14 juin, dont l’une d’entre elles se tiendra en soirée, le jeudi 11 juin à 20h.

Outre la poursuite de la réflexion sur deux des thématiques abordées en 2019 -Langues de France en poésie #2 et Traduire la poésie contemporaine de langue française #2- trois tables rondes seront consacrées aux « finalités du poème ».

Voici, par exemple, un premier ensemble de questions que nous souhaiterons aborder, dans le sillage du célèbre paragraphe 6 du chapitre IV de la Poétique d’Aristote qui définissait ainsi la finalité de la poésie :

Comme le fait d’imiter, ainsi que l’harmonie et le rythme, sont dans notre nature (…), dès le principe, les hommes qui avaient le plus d’aptitude naturelle pour ces choses ont, par une lente progression, donné naissance à la poésie, en commençant par des improvisations.

Le poème serait-il subordonné à une fin ? S’il tend vers un but, s’il obéit à une double détermination, à la fois interne (question de forme, de finalité organique –la lyrique médiévale, les poètes baroques, Mallarmé, Roubaud, Hocquard…) et externe (interpellation du monde, du sacré, du politique –d’Aubigné, Hugo, Aragon, Pey…), se limiterait-il à cette double finalité dont la Commedia de Dante serait de nos jours encore le parangon ?

La finalité du poème devrait-elle être perceptible ? Relèverait-elle d’un geste qui rendrait visible/invisible (?) le fait que dans le poème réalisé, le tout se devrait de justifier et de déterminer l’existence de ses parties ?

Ainsi, le poème offrirait-il une manière de résolution globalisante de ce qui se donne comme dispersion, comme fragmentation d’éléments de langue porteurs d’une volonté expressive, animés du désir de faire sens à travers une pratique esthétique du langage, elle-même inscrite dans une histoire des formes d’écriture propres à une histoire poétique.

Mais à l’inverse, privilégier un principe d’immanence dans l’écriture du poème, ne serait-ce pas masquer ce qui est propre à la langue : le fait d’être un ensemble structural/ré dont le poème ne peut se départir car les éléments qui le constituent en ressortissent ?

Enfin, à qui s’adresse le poème ? La lecture du poème est-elle son horizon ? Que devient-il lorsqu’il se sépare de son auteur, lorsqu’il devient espace de lecture, matière à subir d’éventuelles transformations, performées ou autres ?

Ces questions restent ouvertes, d’autres s’y ajouteront sûrement. Le paradoxe des finalités, c’est leur pérennité, aussi bien que celle des interrogations. Souvenons-nous de Lorand Gaspar qui écrivait dans Approche de la parole, (Gallimard, 1978) :

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement de la question est tel  -par sa radicalité, sa nudité, sa progression irréfragable- qu’aucune réponse n’est attendue ; plutôt, toutes révèlent leur silence.

Les États généraux permanents de la Poésie 2019

Enregistrements

5 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Langues de France en poésie
Températeur : Pierre Drogi
Avec Itxaro Borda (basque), Aurélia Lassaque (occitan), Thierry Malo (créole antillais), Lucien Suel (picard)
Durée : 0:59:42

6 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Du Patrimoine à la modernité
Températrice : Bénédicte Gorrillot
Avec Dominique Buisset, Jacques Darras, Philippe Di Meo, Danièle Robert
Durée : 1:20:40

7 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Poème en scène
Températeur : Frédéric Dieu (Profession spectacle)
Avec Jacques Bonnaffé, Michel Simonot, Ariel Spiegler, Élise Vigier
Durée : 1:12:21

8 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Poème, image et son
Températrice : Morgane Kieffer
Avec Jean-Max Colard, Stéphane Lambert, Philippe Langlois, Florence Pazzottu
Durée : 1:03:14

9 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Métamorphoses en revues
Températeur : André Chabin (Ent’revues)
Avec Fabien Drouet (21 minutes), Hervé Laurent (L’Ours blanc), Marie de Quatrebarbes (La Tête et les cornes), François Rannou (Babel heureuse)
Durée : 1:04:01

9 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Traduire la poésie contemporaine de langue française
Températrice : Mateja Bizjac Petit
Avec Wang Chien-hui (chinois), Roxana Paez (castillan, Argentine), Fabio Scotto (italien)
Durée : 0:58:40