Dépôt M. – La Guillotine
Un nouveau lieu pour le livre de poésie
et pour la poésie

Le projet

En septembre 2012, avec le CNL, nous organisions une réunion autour d’un projet de plateforme internet pour les éditeurs de poésie. Ce projet aura conduit à plusieurs réunions, dont l’une au CNL en novembre 2012 réunissant une centaine d’éditeurs sur ce projet, aboutissant à un questionnaire, à d’autres réunions dont il émergeait de la part d’un grand nombre d’éditeurs de poésie la volonté de se fédérer sur ce projet qui n’aura, pour l’heure, pas vu le jour.

Mais, très régulièrement, les éditeurs que nous rencontrons nous renouvellent l’envie de ce projet.

Depuis quelques années déjà, avec la Guillotine, nous organisions quelques événements en Périphérie du Marché de la Poésie.

La volonté de ce lieu et de son propriétaire, Philippe Burin des Roziers, nous a conduits à organiser en Périphérie du 33Marché de la Poésie, sur mai et juin 2015 trois événements intitulés « matinées d’éditeurs » (comme au théâtre, en après-midi), l’un avec les éditions tarabuste, l’autre avec les éditions Le Dernier télégramme et puis avec Al Manar. Chaque fois ces événements ont fait l’objet :

  1. – de la présence du fonds éditorial ;
  2. – d’une exposition temporaire ;
  3. – de la présence d’auteurs et de lectures par ces derniers ;
  4. – d’une présentation de la maison d’édition ;
  5. – d’une rencontre conviviale avec le public, agrémentée d’une vente d’ouvrages.

Ces événements auront connu un beau succès, crescendo jusqu’à la troisième session. Ils nous auront ainsi permis d’élargir notre réflexion sur ce projet de plateforme poésie, qui pourrait donc aujourd’hui s’appuyer sur un lieu :

  1. –  de présence de livres de poésie du type librairie ;
  2. – de présence de livres d’éditeurs de poésie (& de création littéraire) du type comptoir de vente aux libraires d’Île-de-France (pour les éditeurs sans distributeur) ;
  3. –  lieu d’expédition pour la plateforme internet de poésie ;
  4. – lieu d’animation du livre de poésie (du type « Maison du poème »), ouverte aux éditeurs de poésie (soirées de lancement pour nouveautés ou autour d’un auteurs) ;
  5. –  lieu de lectures de rencontres et d’animations avec des auteurs ;
  6. –  lieu d’expositions ;
  7. –  lieu pourvu d’un espace de restauration.

Faire vivre ce lieu original sera l’affaire d’un collectif d’éditeurs constitué en une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Chacun sera actionnaire de la structure, la valeur nominale de l’action s’élevant à 500 €.

En bref, un nouveau lieu, convivial et chaleureux, pour animer la poésie et le livre, en Région Île-de-France, à une station de métro de Paris, ouvert aux professionnels (libraires pour le comptoir de vente ; éditeurs pour diffusion/distribution/ventes et présentations) et au public (rencontres, lectures, spectacles, animations, expositions).

yVES bOUDIER                    vINCENT gIMENO-pONS
président de c/i/r/c/é         délégué général du Marché de la Poésie

La Guillotine à Montreuil, une maison du poème

Histoire du lieu

Ce nom, La Guillotine, se décline en deux temps.

  • Pourquoi La Guillotine demande l’interlocuteur, inquiet ou soupçonneux ?
  • L’adresse est au 24, rue Robespierre. Alors, le visage de l’interlocuteur se détend.

Au-delà de la boutade, la référence à La Guillotine est une incarnation dans l’histoire, elle ouvre aussi à des thèmes universels, tels que le rapport à la souffrance, à la mort, le lien entre l’âme et le corps, « l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre »[1]. Elle est riche de références littéraires, d’André Chénier à Julien Sorel, du « Dernier Jour d’un Condamné » à « Ascenseur pour l’Echafaud » ou la revue Acéphale. « Soleil cou coupé » écrivait Apollinaire.

1997

Voici 20 ans que l’histoire a commencé, au 24, rue Robespierre, à Montreuil. Mais il avait fallu 10 ans déjà pour trouver un lieu destiné au départ à pérenniser une pratique théâtrale découverte auprès de Zygmunt Mollik. Cette friche, une ancienne fabrique de meubles au beau nom d’Ateliers de La Boétie, était avec ses 1200m2, beaucoup trop vaste quand 150m2 auraient suffi.

Très vite, par le bouche à oreille, La Guillotine, accueillant compagnies de théâtre et de danse, musiciens, performeurs et autres artistes, est devenue un lieu d’activité intense sollicité comme lieu de création et de programmation jusqu’à atteindre la vitesse de croisière d’une centaine de dates par an.

2005

Cette vitalité du lieu, assez vite, a abouti à une reconnaissance par les pouvoirs publics, et de ce fait à des subventions qui ont permis de pourvoir à un poste administratif, avec Philippe Braschi qui sera aussi codirecteur, programmateur et comptable, et à un poste de régisseur, avec Marc Grandjean, alias Marco, dont la polyvalence suppléait aux carences de tous ordres.

La seule exigence du Conseil Général du 93 fut le déplacement de la programmation, alors trop éloignée de la rue, vers la salle dite « des Pianos », dans le bâtiment des anciens Pianos Klein, acquis en 2003, et qui devint le centre de gravité du lieu.

Cette période à son tour eut ses heures de gloire : bals mythiques aux géniales scénographies du P.I.C., concerts de Fantazio,  Périphéries du Marché de la Poésie, Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, le cheval du chorégraphe Bruno Dizien, et encore pour la poésie : Denis Lavant, les Banquets d’Obsidiane ou Michel Bulteau et les Poètes électriques.

2010

Mais en 2010, le Conseil Général du 93 signala que faute de mise aux normes, les subventions seraient suspendues : nous avons réuni tous les partenaires mais sans trouver de solution. Privés désormais de soutiens, il n’y eut plus du coup, ni administration, ni régie ni programmation. Le lieu perdit alors en visibilité mais sans jamais cesser d’accueillir une intense activité.

Une solution inespérée semblait être les « Fabriques de Culture », dispositif nouveau de la région Ile de France, assez adapté, semblait-il aux caractéristiques de La Guillotine. Nous avons travaillé un an sur ce dossier, en contact régulier avec les partenaires de la Région Ile-de-France pour finalement apprendre de façon fortuite, quinze jours avant la date limite pour le dépôt du dossier, qu’il n’y aurait pas de nouvelles « Fabriques » en 2015.

Cette nouvelle déconvenue mettait sérieusement en péril le projet. Comment, sans subventions, supporter la charge d’une fiscalité lourde et les besoins en fonctionnement minimaux ?

Il devenait du coup évident que le projet ne pourrait exister durablement en s’appuyant exclusivement sur des aides publiques. Il fallait donc d’urgence, sauf à baisser les bras, comme aux jeux on trouve un joker, imaginer une solution. C’est ainsi qu’est née l’idée (soufflée par Andy Mac Clure, architecte) d’un restaurant/café qui ouvrira ses portes en février 2018.

Au terme d’un long parcours initiatique de 20 ans, on peut certes déceler des traces d’amertume et de fatigue, mais demeure surtout l’enthousiasme de faire vivre un projet culturel, sans trahir l’utopie fondatrice.

2018, année décisive

Salle des Pianos

Depuis longtemps s’était nouée une connivence avec le Marché de la Poésie dont nous avons accueilli de nombreuses « Périphéries ».

La première, d’anthologie, réunissait les Poètes Sonores. Serge Pey à genoux brisait des vitres, Bernard Heidsieck, retourné chez lui après s’être égaré, était finalement revenu en taxi. Mais alors les musiciens du Bal, impatients, empiétèrent sur la performance d’Anne-James Chaton, qui avait pris le relais de Charles Pennequin. Et pendant tout ce temps, de l’autre côté de la vitrine, dans la rue, le tailleur de pierre, enveloppé d’une fumée artificielle, déplaçait avec des cordes et comme dans un rêve, un immense bloc de pierre.

On y avait aussi célébré la dernière session, clôturant un cycle de 10 ans de lectures, du « Grabinoulor » de Pierre-Albert Birot, en présence d’Arlette Albert-Birot qui sur France Culture avait vanté La Guillotine comme étant le lieu le plus « grunge » de la région parisienne.

Mais aussi l’OULIPO, Maurice Lemaître et les lettristes, Jacques Rebotier.

C’est à l’occasion des Matinées d’Editeurs qui ont accueilli Al Manar, Passage d’Encres, Dernier Télégramme, Tarabuste, qu’est née l’idée que cette Salle des Pianos pourrait accueillir un projet permanent avec le Marché de la Poésie.

En effet, au moment de présenter les œuvres de tel ou tel éditeur, cela s’avérait impossible ou trop compliqué. Pourquoi alors ne pas conserver le fonds de ces éditions à La Guillotine, être un relais auprès des libraires, être en même temps leur librairie, en profitant du luxe d’une vitrine exceptionnelle.

La Guillotine pourrait aussi contribuer à accomplir, de façon permanente, tout au long de l’année, ce que le Marché de la Poésie réalise au mois de juin, place Saint Sulpice : accueillir les éditeurs de poésie.

C’est ainsi qu’au premier trimestre 2018, nous ouvrirons, dans la Salle des Pianos, une librairie de poésie au service des éditeurs. Et aussi, le lieu le permettant, se produiront alors des lectures, des performances, bref, tout ce qui peut rendre la poésie vivante.

Ce lieu sera partagé, dans une salle de 250m2, avec le Café des Pianos. Les passants seront surpris par cette vitrine insolite. À l’intérieur de la salle, les livres seront mis en valeur, placés sur des rayonnages et présentés sur des tables.

Et si ce pari, déconstruisant un syllogisme, était gagné ?

«  La poésie ne se vend pas parce qu’elle n’est pas mise en place. Or, elle n’est pas mise en place parce que les libraires, certains que la poésie ne se vend pas, ne la mettent pas en place. »

Espace pour le théâtre

Le projet théâtral pour lequel nous avions cherché un lieu pendant 10 ans, pour finalement arriver à Montreuil, se consolide.

Trois salles de travail ont été aménagées où Jorge Parente anime régulièrement des stages. Zygmunt Mollik, qui désigna Jorge comme son successeur, fut l’un des fondateurs du Théâtre Laboratoire de Jerzy Grotowski en Pologne. Il y était plus particulièrement chargé de la voix. Celle-ci est liée de façon organique au corps en mouvement. Cette pratique garde aujourd’hui toute son efficacité et nous maintenons un lien privilégié avec l’institut Grotowski de la ville de Wroclaw ou le Work Center de Pontedera.

Atelier de La Boétie

Ancien atelier de soudure, ce sera la salle de ce qui ne pourra plus se produire dans les autres lieux, désormais destinés à la librairie, au théâtre, au restaurant : salle pour des séminaires, des conférences, des réunions, des colloques. Sur ce projet nous accompagnent Olivier Mongin, Joël Roman, Véronique Nahoum-Grappe, Nicolas Roméas et L’Insatiable, André Chabin, Yannick Kéravec et Ent’Revues. Là aussi se poursuivront, au cours des ans à venir,  les Etats Généraux de la Poésie.

Aussi, vivront dans ce nouveau centre de gravité de La Guillotine : lectures,  concerts,  expositions, performances.

L’IBIPO, Immense Bibliothèque de Poésie

En marge de la librairie et du service aux éditeurs, un autre projet, plus secret, boutade sans l’être, utopie, c’est-à-dire départ vers un horizon sans limite. Il s’agit, pour enrichir une collection personnelle déjà notoire, de réunir, peu à peu, au gré des voyages, des livres de poésie dans toutes les langues, témoins d’un travail de traduction à faire de toutes les langues vers toutes les langues, qui, si on le menait à bien, aurait besoin, pour qu’on le réalisât, de nombreux siècles, voire des millénaires.

[1] Quatrevingt-treize, Victor Hugo, 1874. Derniers mots de la dernière phrase du roman.