Les États généraux permanents de la poésie, 2022

La pensée du poème

C’est avec la volonté d’enrichir les acquis des États généraux permanents de la poésie 2021 que nous avons choisi ce thème aujourd’hui de nouveau présent dans les débats sur la poésie que constitue « La pensée du poème ». En effet, plusieurs ouvrages ces derniers temps lui ont été consacrés, engageant au-delà d’un travail de synthèse, des prises de position novatrices, telles celles de Judith Balso, d’Alain Badiou ou de Gérard Pommier par exemple, dans le sillage de la réflexion d’Antonio Prette naguère (Pensiero poetante e poesia pensante, 1997). Ces nouvelles avancées méritent d’être discutées. Disputées serait plus juste.

Ce cinquième temps de notre parcours, après « La visibilité », « Le devenir », « Les métamorphoses » et « Les finalités du poème », se donne donc pour but de réfléchir sur une question qui hante de longue date les relations entre philosophie et poésie, celle de la pensée du poème, ou si l’on préfère, de la poésie comme pensée.
Pour Alain Badiou, par exemple, « le poète est celui qui pour parler ne s’autorise absolument que de lui-même » [1]. Certes, on entend là un écho lacanien sur la prise de parole, mais aussi une approche singulière de la posture du poète qui ainsi n’aurait pas à rendre compte du champ linguistique et émotionnel dans lequel il « s’autoriserait » à dire.
Or, de quelle façon, en quel sens les poèmes sont-ils en situation de penser, et avant tout, de penser quoi ?
Une question qui en suscite plusieurs, telles celles-ci au premier chef :
– Considérer les événements poétiques en tant qu’événements de pensée est-il possible, et si oui, pertinent ? Parallèlement, si l’on ajoute que le poème est le lieu d’énonciation d’une pensée, que c’est le poème qui pense et non pas le poète, sommes-nous encore dans le champ de la poétique ou dans celui, rival et parfois rebelle, voire hostile, de la philosophie, une discipline que l’on associe à toute velléité de réflexion « pensive » ?
– En quoi et comment la pensée serait-elle de la sorte assignée au poème ?
– Que pense d’autre le poème que la philosophie ne cherche pas à penser ?

La question de la puissance du langage en langue, en poème, et celle du surgissement d’un sens qui prend corps dans une écriture, se trouveront ainsi au centre du discours critique, ce qui imposera une analyse des relations entre la parole philosophique et la parole poétique, une réévaluation d’une éventuelle primauté de l’une sur l’autre.
Comme on le pressent, le sujet n’est pas simple, il s’avère délicat. Nombreux sont les risques de noyer le poème sous un flot de considérations abstraites qui masqueraient sa singularité et sa capacité à déroger à toutes règles esthétiques, morales ou formelles, qui prétendraient légiférer sur ce qui préside à son écriture. Si nous sommes convaincus que le poème « échappe»   en quelque sorte au discours critique, il n’en demeure pas moins pertinent et excitant de le confronter à cet autre versant majeur de la pensée qu’est la parole philosophique.

Pour initier la réflexion, donnons la parole à Pierre Parlant (Diacritik, septembre 2017) :
L’acte de lire des poèmes fait penser ; c’est à ça qu’on reconnaît la puissance de ce qu’on nomme poésie, laquelle n’est rien, sinon précisément un mode de la pensée. À ceci près qu’il ne s’agit pas de la pensée en général, pas plus que d’une pensée molle, aux contours flous, encore moins d’une rêverie, même s’il arrive que le poème incite à la dérive de ce côté-là. Empruntant à la singularité de ce qui vient, cette pensée est en effet chaque fois celle d’une circonstance, au double sens qu’implique à ce moment le génitif.
Si lire un poème fait penser, et souvent rudement, la raison vient de ce que le poème lui-même ne fait pas autre chose que penser ; parler d’un poème pensif fait donc cercle ; ou plutôt ruban de Mœbius.

[1] Entretien d’Alain Badiou avec Judith Balso, Que pense le poème ?, Maison de la Poésie-Scène littéraire, 24 janvier 2017.

Enregistrements

8 juin 2022
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Langues de France en poésie #1
Températeur : Pierre Drogi
Avec Philippe Blanchet (provençal), Patrice Delbourg (argot parisien), Fabienne Jacob (francique) et André Robèr (créole réunionnais)

9 juin 2022
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde La pensée du poème #1
Températeur : Didier Cahen
Avec Jacques Darras, Aurélie Foglia et Éric Sarner

Durée : 0:28:21

10 juin 2022
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde La pensée du poème #2
Températrice : Manou Farine
Avec Judith Balso, Jean-Louis Giovannoni et Gérard Pommier
Durée : 1:19:20

11 juin 2022
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde La pensée du poème #3
Températeur : Martin Rueff
Avec Claude Ber, Liliane Giraudon, Pierre Vinclair
Durée : 0:33:10

12 juin 2022
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde La pensée du poème #4, les revues numériques
Températeur : André Chabin (La Revue des revues)
Avec Sereine Berlottier (Remue.net), Pierre Le Pillouër (Sitaudis), Maryline Bertoncini & Carole Carcilo-Mesrobian (Recours au poème) et Angèle Paoli (Terres de femmes)
Durée : 1:07:37