Les États généraux permanents de la poésie, 2019

Métamorphoses du poème

En 2017, Le Marché de la Poésie a ouvert des États généraux de la poésie avec l’ambition, à l’échelle des possibles, de faire le point sur la situation du poème et de la poésie contemporaine en France. Sous l’intitulé « La visibilité du poème », un état des lieux s’est ainsi dessiné, à la fois de la diversité des écritures du poème, de son édition et de sa lecture. À travers plus de cinquante événements en Régions, en Île-de-France et à Paris, nous nous sommes penchés sur plusieurs thématiques, par exemple celle des modalités de rencontres avec les lecteurs, celle de la rencontre de publics dans leurs différences, celle du travail des éditeurs aujourd’hui. Nous avons toujours eu soin de donner la parole à des acteurs dont la visibilité demeurait souvent discrète.

Après le temps de l’état des lieux, est venu le temps des perspectives : le Marché de la Poésie a proposé en 2018 d’approfondir cette recherche en interrogeant « Le devenir du poème ». Six tables rondes ont eu lieu durant le 36e Marché de la Poésie, passant de l’élargissement du poème à l’action artistique, des nouvelles architectures poétiques à la traduction (du poème de langue française vers les autres langues) jusqu’au devenir de l’édition de poésie.

À compter de 2019, les États généraux de la poésie sont devenus les États généraux permanents de la poésie, afin que le Marché de la Poésie continue d’être ce lieu privilégié de réflexion autour de la poésie contemporaine sous toutes ses formes. Nous avons abordé l’édition 2019 avec le thème « Les métamorphoses du poème ». Cette thématique, à son tour, a fait l’objet de tables rondes et d’échanges pendant les cinq jours du 37e Marché de la Poésie, exploitant différentes entrées, par exemple celle des liens entre la poésie et la scène, la poésie et la création musicale, la poésie et la performance aujourd’hui, la poésie et les langues régionales, tout en poursuivant le débat sur la traduction des poètes contemporains de langue française en langues étrangères. L’ensemble de ces tables est disponible à l’écoute sur notre site.


Les États généraux permanents de la poésie, 2021

Les finalités du poème

Prévu en mai-juin 2020 mais repoussé d’un an en raison des événements liés à la Covid19, ce quatrième temps des États généraux permanents de la Poésie, « Les finalités du poème », s’est décliné à travers plusieurs événements de la Périphérie du Marché et a proposé cinq tables rondes sur la Scène de la place Saint-Sulpice en octobre 2021. Outre la poursuite de la réflexion sur deux des thématiques abordées en 2019 (-Langues de France en poésie #2 et Traduire la poésie contemporaine de langue française #2-) trois tables rondes ont été consacrées aux « finalités du poème ».

Voici, parmi d’autres, quelques questions que nous avons abordées, dans le sillage du célèbre paragraphe 6 du chapitre IV de la Poétique d’Aristote qui définissait ainsi la finalité de la poésie : Comme le fait d’imiter, ainsi que l’harmonie et le rythme, sont dans notre nature (…), dès le principe, les hommes qui avaient le plus d’aptitude naturelle pour ces choses ont, par une lente progression, donné naissance à la poésie.

– Le poème serait-il subordonné à une fin ? S’il tend vers un but, s’il obéit à une double détermination, à la fois interne (question de forme, de finalité organique avec la lyrique médiévale, les poètes baroques, puis Mallarmé, Roubaud, Hocquard…) et externe (interpellation du monde, du sacré, du politique, avec d’Aubigné, Hugo, Aragon, Pey…), le poème se limiterait-il à cette double finalité, dont la Commedia de Dante serait de nos jours encore le parangon ?

– La finalité du poème devrait-elle être perceptible ? Relèverait-elle d’un geste qui rendrait visible/invisible (?) le fait que dans le poème réalisé, le tout se devrait de justifier et de déterminer l’existence de ses parties ? Ainsi, le poème offrirait-il une manière de résolution globalisante de ce qui se donne comme dispersion, comme fragmentation d’éléments de langue porteurs d’une volonté expressive, animés du désir de faire sens à travers une pratique esthétique du langage, elle-même inscrite dans une histoire des formes d’écriture propres à une histoire poétique.

– Mais à l’inverse, privilégier un principe d’immanence dans l’écriture du poème, ne serait-ce pas masquer ce qui caractérise la langue, système structural/ré dont le poème ne peut se départir car les éléments qui le constituent en ressortissent ?

– Enfin, à qui s’adresse le poème ? La lecture du poème est-elle son horizon ? Que devient-il lorsqu’il se sépare de son auteur, lorsqu’il devient espace de lecture, matière à subir d’éventuelles transformations, performées ou autrement conduites ?

Ces questions sont restées ouvertes, et au terme de nos tables rondes elles en ont appelé d’autres. Le paradoxe de la réflexion sur les finalités, c’est sa pérennité. Ainsi, nous nous sommes souvenus des propos de Lorand Gaspar dans Approche de la parole, (Gallimard, 1978) : Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement de la question est tel -par sa radicalité, sa nudité, sa progression irréfragable- qu’aucune réponse n’est attendue ; plutôt, toutes révèlent leur silence.


Les États généraux permanents de la poésie, 2022

La pensée du poème

 C’est dans le souci d’approfondir les enseignements des États généraux permanents de la poésie 2021 que nous avons choisi ce thème, aujourd’hui de nouveau présent dans les débats sur la poésie, que constitue « La pensée du poème ». En effet, plusieurs ouvrages ces derniers temps lui ont été consacrés, engageant des prises de position novatrices, de Judith Balso à Alain Badiou ou Gérard Pommier, par exemple. Cette  thématique mérite de toute évidence d’être discutée, disputée serait plus juste.

Ce cinquième temps de notre parcours, après « La visibilité », « Le devenir », « Les métamorphoses » et « Les finalités du poème », se donne donc pour but de réfléchir sur une question qui hante de longue date les relations entre philosophie et poésie, celle de la pensée du poème, ou si l’on préfère de la poésie comme pensée.
Pour Alain Badiou, par exemple, « le poète est celui qui pour parler ne s’autorise absolument que de lui-même »[1]. Certes, on entend là un écho lacanien sur la prise de parole, mais aussi une approche singulière de la posture du poète qui ainsi n’aurait pas à rendre compte du champ linguistique et émotionnel dans lequel il « s’autoriserait » à dire.
Mais, de quelle façon, en quel sens les poèmes sont-ils en situation de penser, et avant tout, de penser quoi ?
Une question qui en suscite plusieurs, telles celles-ci au premier chef :
– Considérer les événements poétiques en tant qu’événements de pensée est-il possible, et si oui, pertinent ? De plus, si l’on ajoute que le poème est le lieu d’énonciation d’une pensée, que c’est le poème qui pense et non pas le poète, sommes-nous encore dans le champ de la poétique ou dans celui, rival et parfois rebelle, voire hostile, de la philosophie, une discipline que l’on associe à toute velléité de réflexion « pensive » ?
– En quoi et comment la pensée serait-elle de la sorte assignée au poème ?
– Que pense d’autre le poème que la philosophie ne cherche pas à penser ?

La question de la puissance du langage en langue, en poème, et celle du surgissement d’un sens qui prend corps dans une écriture, se trouveront ainsi au centre du discours critique, ce qui imposera une analyse des relations entre la parole philosophique et la parole poétique, une réévaluation d’une éventuelle primauté de l’une sur l’autre.
Comme on le pressent, le sujet n’est pas simple et s’avère délicat. Nombreux sont les risques de noyer le poème sous un flot de considérations abstraites qui masqueraient sa singularité et sa capacité à déroger à toutes règles esthétiques, morales ou formelles, qui prétendraient légiférer sur ce qui préside à son écriture. Si nous sommes convaincus que le poème « échappe»   en quelque sorte au discours critique, il n’en demeure pas moins pertinent et excitant de le confronter à cet autre versant majeur de la pensée qu’est la parole philosophique.

[1] Entretien d’Alain Badiou avec Judith Balso, Que pense le poème ?, Maison de la Poésie-Scène littéraire, 24 janvier 2017.

Les États généraux permanents de la Poésie 2019

Enregistrements

5 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Langues de France en poésie
Températeur : Pierre Drogi
Avec Itxaro Borda (basque), Aurélia Lassaque (occitan), Thierry Malo (créole antillais), Lucien Suel (picard)
Durée : 0:59:42

6 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Du Patrimoine à la modernité
Températrice : Bénédicte Gorrillot
Avec Dominique Buisset, Jacques Darras, Philippe Di Meo, Danièle Robert
Durée : 1:20:40

7 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Poème en scène
Températeur : Frédéric Dieu (Profession spectacle)
Avec Jacques Bonnaffé, Michel Simonot, Ariel Spiegler, Élise Vigier
Durée : 1:12:21

8 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Poème, image et son
Températrice : Morgane Kieffer
Avec Jean-Max Colard, Stéphane Lambert, Philippe Langlois, Florence Pazzottu
Durée : 1:03:14

9 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Métamorphoses en revues
Températeur : André Chabin (Ent’revues)
Avec Fabien Drouet (21 minutes), Hervé Laurent (L’Ours blanc), Marie de Quatrebarbes (La Tête et les cornes), François Rannou (Babel heureuse)
Durée : 1:04:01

9 juin 2019
Scène Chapiteau du Marché
Table ronde Traduire la poésie contemporaine de langue française
Températrice : Mateja Bizjac Petit
Avec Wang Chien-hui (chinois), Roxana Paez (castillan, Argentine), Fabio Scotto (italien)
Durée : 0:58:40