Christiane Tricoit

La mort de Frater Rodriguez, le compagnon de Christiane Tricoit, elle-même disparue il y a peu, souligne plus encore la douleur que nous partageons toutes et tous.

Fidèle du Marché de la poésie depuis la création en 1996 de la revue Passage d’encres, Christiane Tricoit occupa jusque l’an dernier un stand où se succédèrent dans un heureux partage amis, poètes, artistes, proches et compagnons de fortune. Au fil des années, la revue s’entoura de plusieurs collections, Trace(s), Trait court, Documents, Numériques, d’un travail d’édition d’art avec la collection leporello par exemple, et d’une revue en ligne, inks, dont le site est toujours accessible.

Nous nous retrouverons avec nos amis d’Ent’revues lors du prochain Salon de la Revue à l’espace des Blancs-Manteaux pour un hommage à Christiane Tricoit, le samedi 11 novembre (11h 30-12h30).

Nous serons nombreux à célébrer ce que nous devons au travail obstiné et à la générosité de Christiane Tricoit. À nous rappeler qu’elle répétait, avec Beckett, il faut continuer.

Liens en hommage :

https://www.entrevues.org/viedesrevues/14644-2/
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/04/20/mort-de-christiane-tricoit-correctrice-au-monde_5114144_3382.html?xtmc=christiane_tricoit&xtcr=1
https://www.actualitte.com/article/monde-edition/deces-de-christiane-tricoit-creatrice-de-passage-d-encres/70717
https://abp.bzh/les-editions-passage-d-encres-sont-en-deuil-42094

À Christiane Tricoit

Au détour d’une piste en forêt, non loin de Pointe-Noire, je me suis rangé dans l’ornière pour laisser le passage à un camion de forestier sur le cabine duquel était peint en lettres manuscrites : Confiance. Née à Dolisie, Christiane Tricoit portait en elle et irradiait ce sentiment. Elle lui donna forme et sens et offrit à chacun le désir de donner le meilleur de soi.

Son amour, sa gouverne : le partage, celui de la page, des langues en communion, celui de l’estampe qui donne corps au vide, espace à chaque fois comblé pour sidérer nos yeux, nos oreilles et proposer à l’esprit l’évidence artistique, la nécessaire et sans fin reconduction des gestes qui justifient notre humanité.

La revue Passage d’encres fut une démonstration de la plus haute exigence et qualité. Elle ne manqua jamais de rappeler que l’écriture participe d’une mise en scène matérielle, d’un travail sur le corps de la lettre ou du signe. Son originalité discrète, marquée d’emblée du sceau de la culture du livre(1), fut de donner à voir, dans la facture même à la fois des textes et de la revue, comment s’articulent la lettre et la pensée, la trace et l’image, l’encre et le concept.

Déclinaisons polymorphes, autant de surprises au coin du bois des pages tournées, d’affrontements, de ruptures ou collisions, mais jamais de collusions ou de nuisances réciproques. Un art absolu de la générosité. Autant de marques de confiance.

Et ce, hors de toute vanité, de célébration d’auteurs, mais dans l’échange, la lecture offerte, le souci politique de tenir et résister. Non sans l’humour, les silences obstinés, le plaisir du travail et de la vie qui va.

Yves Boudier

1.Un « passage d’encres » est un terme technique de l’imprimerie. Il désigne la première épreuve réalisée.

Un hommage sera rendu à Christiane le 11 novembre prochain lors du
Salon de la Revue (11h30 – 12h30) 
aux Blancs-Manteaux (Paris 3°).

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