Emmanuel Hocquard

Emmanuel Hocquard. Photo Alexandre Delay

Emmanuel Hocquard est né le 11 avril 1940 ; il est décédé le 27 janvier 2019. Entre ces dates, et après une enfance et une adolescence à Tanger, il aura été poète, écrivain, traducteur, éditeur, anthologiste, revuiste, organisateur de lectures publiques, enseignant, photographe ; un auteur et un acteur central de l’écriture poétique contemporaine.
Il crée avec la peintre Raquel les éditions Orange Export Ltd (1973-1986, plus de cent titres sont publiés, repris chez Flammarion en 1986), organise des lectures publiques à l’A.R.C (au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1977-1991 ; plus de deux cents bulletins en composent une anthologie), poursuit des traductions collectives de poésie américaine — avec Un bureau sur l’Atlantique, fondé en 1989 — notamment à la Fondation Royaumont (1985-2000) et au CipM (1998-2008) ; traductions publiées par Royaumont, la collection Format américain (dirigée par Juliette Valéry), Créaphis, ou le CipM ; deux anthologies de poésie américaine, conçues avec Claude Royet-Journoud, sont également publiées chez Delta (1986) puis Royaumont (1991) ; il enseigne enfin à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux (1993-2005), dans un module collectif qui prend en 1999 le nom de PISE, pour « Procédures, Images, Son, Écriture ».
Après plusieurs livres chez Orange Export, Emmanuel Hocquard fait paraître Album d’images de la villa Harris en 1978, dans la collection dirigée chez Hachette par Paul Otchakovsky-Laurens, qui publie au même moment Je me souviens de Georges Perec. Dix-huit livres suivront dans cette collection puis aux éditions P.O.L. à partir de 1985 : poésie (Les élégies, 1990 ; Théorie des Tables, 1992 ; Le Commanditaire, avec Juliette Valéry, 1993 ; Un test de solitude, 1998 ; L’Invention du verre, 2003 ; récits (Ærea dans les forêts de Manhattan, 1985 ; Le Consul d’Islande, 2000), anthologie (Tout le monde se ressemble, 1995), formes mêlées et inclassables (Un privé à Tanger, 1987 ; Le voyage à Reykjavik, avec Alexandre Delay, 1997 ; ma haie, 2001 ; Le cours de Pise, 2017) — tandis que d’autres livres s’aventurent parallèlement chez Spectres Familiers, Royaumont (La bibliothèque de Trieste, 1988), la Villa Médicis, le Musée de l’Elysée, À Passage, Stèles, Contrat maint, L’Attente, le CipM (série Une grammaire de Tanger, 2006-2016, en cours de réédition chez P.O.L).
Les livres d’Emmanuel Hocquard sont des investigations concernant la langue, les représentations, le récit, l’image, l’Histoire et les histoires, les lettres et leur destinataire, l’intonation. Et ce avec les outils du poète grammairien — les pronoms, les formes verbales et leur sujet, la concordance des temps, les énoncés… — mais aussi de l’archéologue ou de l’artiste contemporain : collecter des fragments ou des prélèvements, les agencer ou les recopier, aménager et étudier des écarts entre eux. Le tout en empruntant aussi bien à la philosophie (Deleuze, Lucrèce, Rosset, Wittgenstein), qu’aux objectivistes américains (Reznikoff, Zukofsky), au polar (Chandler, Hammet) ou à la bande dessinée (la “ligne claire”), pour à la fois composer et questionner une forme, dévoiler ce qui se passe dans sa composition, démonter son mécanisme. La méfiance envers les affects est constante, l’invention des concepts est heureuse — “taches blanches”, “blaireaux”… — et l’humour souvent présent… pour voir et montrer ce qui est en jeu quand on s’aventure — comme auteur et lecteur — dans un roman ou un poème minimal, une élégie inverse ou un récit distancé, un feuilleton en vers ou un monostiche, un récit autobiographique ou un énoncé tautologique, une phrase recopiée à la main ou composée au plomb, un paragraphe ou sa traduction, un point de logique ou une anecdote, une théorie des tables ou une méditation sur la lumière. Voir ce qui se passe entre, tout le temps. « C’est une affaire de grammaire & une histoire de vie », cette histoire est la sienne. Nous essaierons, lors de cette rencontre, d’en lire quelques extraits.

David Lespiau, mars 2020

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